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Dans les forums revient toujours la même question : peut-on voyager actuellement en Tunisie en toute sécurité ?

Voici mes réponses – personnelles – aux différentes questions se rapportant à ce sujet.
Sans langue de bois garantie !

 

La sécurité : ce qui a changé depuis la révolution

Avant, la police était omniprésente et tout le monde en avait peur. Dans la presse et les autres médias, tout était rose. Ben Ali pratiquait la politique de « Tout va bien. Vous vivez dans un pays formidable. »

Aujourd’hui, les médias tunisiens ressemblent aux médias français. Pleins de faits divers avec des titres à sensation. Alors, les premiers à avoir peur, ce sont les Tunisiens eux-mêmes ! Pas un seul journal sans qu’il ne soit question de cette sempiternelle question de la sécurité / insécurité.

 

Qu’en est-il réellement ?

Il est vrai que la police se montre très discrète. Cependant, l’armée, mieux perçue par ses compatriotes, est présente et efficace. Et finalement, je ne vois pas très grand changement dans la vie de tous les jours, avec ou sans police. Chapeau au peuple tunisien, très responsable et mature dans son ensemble !

Il est vrai qu’il y a des vols ici ou là, des règlements de compte par-ci par là. Mais, n’y en avait-il pas avant, ou était-ce parce qu’ils n’étaient pas connus ? En tous cas, plus de 3 mois après la révolution, on est déjà ici bien en-dessous du nombre de faits divers de France !

Il est vrai qu’il y a encore souvent des grèves et manifestations. Là, franchement, je ne suis pas sûre que les Tunisiens battent les Français, même s’ils s’en approchent… 🙂

 

Est-on pour autant en insécurité ?

Non, mille fois non ! Je vis et je vois les gens autour de moi vivre tout à fait normalement !

On entend partout : « Attention, ne prenez pas la route, c’est dangereux, il y a des braquages* ! ». Bien sûr, j’ai hésité avant de dépasser les 30 km autour de chez moi, d’autant plus que les routes ne sont pas très fréquentées dans le Sud ! La première fois, je n’avais pas pris de sac à main, très peu d’argent que j’avais caché dans différentes poches, interrogé les soldats à chaque intersection… Et rien ! Depuis, on est finalement beaucoup à avoir pris la route, sans rien de spécial à signaler.

Je ne voyage pas encore de nuit. Les jours s’allongeant, ce n’est pas très contraignant. Est-ce que c’est dangereux la nuit ? Je ne sais pas, mais les quelques braquages* rapportés dans les médias étaient de nuit et sur des routes isolées… Ça ne m’empêche pas cependant de sortir en ville pour dîner au restaurant, sans aucune crainte.

En fait, j’adopte maintenant ici le comportement que j’ai en France, où je me montre plus vigilante que je ne l’étais auparavant en Tunisie.
Rien d’extraordinaire : je fais plus attention à mes affaires (j’essaie de ne plus oublier mon sac à main partout !), je ferme (plus souvent) ma voiture à clé. Des petites choses que vous faites partout, non ?

 

Vous pouvez venir sans risque en Tunisie !

Mes conseils pour les voyageurs (conseils très certainement exagérés, mais je préfère être trop prudente que pas assez) :

  • Soyez attentifs à vos affaires, ni plus ni moins qu’en France (ou ailleurs !).
  • Vous pouvez sortir sans risque au restaurant ou dans les cafés le soir, mais évitez de vous promener seul(s) dans des endroits désertés en pleine nuit (comme vous le faites aussi très certainement chez vous).
  • Si vous voyagez en voiture personnelle, voyagez plutôt de jour (c’est mieux aussi pour les paysages !). De jour, aucun problème pour voyager, même sur les routes peu fréquentées.
  • Allez en ville, rencontrez les gens, ils seront très heureux de vous voir et de discuter avec vous. Évitez de vous mêler aux manifestations. Vous y serez bien accueilli, sans aucun doute, mais comme partout ailleurs, une manifestation pacifique peut vite dégénérer par quelques intrus.
  • Et PROFITEZ de vos vacances, normalement, sans vous soucier outre mesure de cette soi-disant insécurité !

Les Tunisiens ne sont pas belliqueux. La révolution l’a montrée, remarquablement pacifique.
Venez sans crainte, vous êtes toujours autant les bienvenus et serez accueillis les bras ouverts.

 

A suivre : la sécurité en Tunisie, pays voisin de la Libye en guerre.

*braquage : Lire l’article ci-dessous pour une meilleure compréhension.

6 – BRAQUAGE (Les 10 mots de la révolution tunisienne – Nouvel Obs)

Lecteur, attention, nous repartons aujourd’hui vers un authentique mot arabe. Ecrivons le en phonétique : brakaj’. Il se prononce en roulant le r, à la tunisienne, et en haussant le sourcil d’effroi : « Il parait qu’hier, dans telle ville, il y a encore eu un brakaj’ ». « Tu ne sais pas ce qui est arrivé à mon cousin Hakim, sur l’autoroute ? Il a subi un brakaj’ !!! ». Horreur de l’interlocuteur, soupir de l’assistance. Depuis la Révolution, on n’entend que lui. On peut parler avec n’importe qui, dans la rue, à l’hôtel, au café, on est sûr de le croiser au moins une fois. Au début, ça fait peur. La Tunisie est elle donc à feu et à sang ? Des gangs armés ont-ils pris le pouvoir ? On comprend ensuite qu’il ne faut pas se faire abuser par les cousinages linguistiques. Un brakaj’, cela peut être, comme en français, une attaque de banque à main armée – mais cela n’arrive que de façon rarissime. Cela peut être plutôt un vol de téléphone portable ou une tentative d’effraction pour piquer un autoradio dans une voiture, bref, le genre de choses auxquels un européen ne prête même plus attention.

Seulement ces choses, si banales de notre côté de la méditerranée, sont nouvelles là -bas. Du temps de Ben Ali, le vol, comme on le sait maintenant, était pratiqué à très grande échelle, mais il fonctionnait, si l’on ose écrire, sous le régime d’un monopole d’Etat, entièrement géré par la famille du tyran. Et l’insécurité et la violence étaient terribles, barbares, sanglantes, mais elles étaient quasi-uniquement circonscrites à l’intérieur des commissariats ou, pire encore, aux locaux du sinistre ministère de l’Intérieur du bout de l’avenue Bourguiba, à Tunis, devant lequel on ne passait qu’en tremblant. Dans les rues, vu le nombre de flics qui y patrouillaient en permanence, le point est sûr, l’ordre régnait.

N’y règne-t-il plus ? Ça a été la grande peur des semaines qui ont suivi la révolution. Etait-elle réelle ou fantasmée ? C’est difficile à dire, tant on a du mal à faire le tri, dans ce pays où la presse peine à se relever, entre les rumeurs et les informations. A la mi janvier, on a parlé de prisons ouvertes par les membres de l’ancien régime, pour que les droits communs qui s’y trouvaient sèment le chaos dans le pays. On a parlé aussi de la difficulté des policiers, tellement compromis par leur soutien à la dictature, à se faire respecter. Il y a eu ici et là des attaques de commissariats, des voitures volées, des téléphones portables dérobés. Mais, rassurons de façon absolue ceux qui voudraient se rendre dans ce beau pays, rien de catastrophique, loin de là. Tunis n’a jamais été Rio et ne risque pas de le devenir. Il est clair, en outre, que les choses se résorbent et que, peu à peu, tout rentre dans l’ordre.

François Reynaert – Nouvelobs.com

 

Photo : Tunis, en plein révolution – janvier 2011

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