La sempiternelle question de la sécurité / insécurité en Tunisie – Partie 1

Dans les forums revient toujours la même question : peut-on voyager actuellement en Tunisie en toute sécurité ?

Voici mes réponses – personnelles – aux différentes questions se rapportant à ce sujet.
Sans langue de bois garantie !

tunis insécuritéTunis, en plein révolution – janvier 2011

 

La sécurité : ce qui a changé depuis la révolution

Avant, la police était omniprésente et tout le monde en avait peur. Dans la presse et les autres médias, tout était rose. Ben Ali pratiquait la politique de « Tout va bien. Vous vivez dans un pays formidable. »

Aujourd’hui, les médias tunisiens ressemblent aux médias français. Pleins de faits divers avec des titres à sensation. Alors, les premiers à avoir peur, ce sont les Tunisiens eux-mêmes ! Pas un seul journal sans qu’il ne soit question de cette sempiternelle question de la sécurité / insécurité.

Qu’en est-il réellement ?

Il est vrai que la police se montre très discrète. Cependant, l’armée, mieux perçue par ses compatriotes, est présente et efficace. Et finalement, je ne vois pas très grand changement dans la vie de tous les jours, avec ou sans police. Chapeau au peuple tunisien, très responsable et mature dans son ensemble !

Il est vrai qu’il y a des vols ici ou là, des règlements de compte par-ci par là. Mais, n’y en avait-il pas avant, ou était-ce parce qu’ils n’étaient pas connus ? En tous cas, plus de 3 mois après la révolution, on est déjà ici bien en-dessous du nombre de faits divers de France !

Il est vrai qu’il y a encore souvent des grèves et manifestations. Là, franchement, je ne suis pas sûre que les Tunisiens battent les Français, même s’ils s’en approchent… 🙂

Est-on pour autant en insécurité ?

Non, mille fois non ! Je vis et je vois les gens autour de moi vivre tout à fait normalement !

On entend partout : « Attention, ne prenez pas la route, c’est dangereux, il y a des braquages* ! ». Bien sûr, j’ai hésité avant de dépasser les 30 km autour de chez moi, d’autant plus que les routes ne sont pas très fréquentées dans le Sud ! La première fois, je n’avais pas pris de sac à main, très peu d’argent que j’avais caché dans différentes poches, interrogé les soldats à chaque intersection… Et rien ! Depuis, on est finalement beaucoup à avoir pris la route, sans rien de spécial à signaler.

Je ne voyage pas encore de nuit. Les jours s’allongeant, ce n’est pas très contraignant. Est-ce que c’est dangereux la nuit ? Je ne sais pas, mais les quelques braquages* rapportés dans les médias étaient de nuit et sur des routes isolées… Ça ne m’empêche pas cependant de sortir en ville pour dîner au restaurant, sans aucune crainte.

En fait, j’adopte maintenant ici le comportement que j’ai en France, où je me montre plus vigilante que je ne l’étais auparavant en Tunisie.
Rien d’extraordinaire : je fais plus attention à mes affaires (j’essaie de ne plus oublier mon sac à main partout !), je ferme (plus souvent) ma voiture à clé. Des petites choses que vous faites partout, non ?

Vous pouvez venir sans risque en Tunisie !

Mes conseils pour les voyageurs (conseils très certainement exagérés, mais je préfère être trop prudente que pas assez) :

  • Soyez attentifs à vos affaires, ni plus ni moins qu’en France (ou ailleurs !).
  • Vous pouvez sortir sans risque au restaurant ou dans les cafés le soir, mais évitez de vous promener seul(s) dans des endroits désertés en pleine nuit (comme vous le faites aussi très certainement chez vous).
  • Si vous voyagez en voiture personnelle, voyagez plutôt de jour (c’est mieux aussi pour les paysages !). De jour, aucun problème pour voyager, même sur les routes peu fréquentées.
  • Allez en ville, rencontrez les gens, ils seront très heureux de vous voir et de discuter avec vous. Évitez de vous mêler aux manifestations. Vous y serez bien accueilli, sans aucun doute, mais comme partout ailleurs, une manifestation pacifique peut vite dégénérer par quelques intrus.
  • Et PROFITEZ de vos vacances, normalement, sans vous soucier outre mesure de cette soi-disant insécurité !

Les Tunisiens ne sont pas belliqueux. La révolution l’a montrée, remarquablement pacifique.
Venez sans crainte, vous êtes toujours autant les bienvenus et serez accueillis les bras ouverts.

 

A suivre : la sécurité en Tunisie, pays voisin de la Libye en guerre.

*braquage : Lire l’article ci-dessous pour une meilleure compréhension.

6 – BRAQUAGE (Les 10 mots de la révolution tunisienne – Nouvel Obs)

Lecteur, attention, nous repartons aujourd’hui vers un authentique mot arabe. Ecrivons le en phonétique : brakaj’. Il se prononce en roulant le r, à la tunisienne, et en haussant le sourcil d’effroi : « Il parait qu’hier, dans telle ville, il y a encore eu un brakaj’ ». « Tu ne sais pas ce qui est arrivé à mon cousin Hakim, sur l’autoroute ? Il a subi un brakaj’ !!! ». Horreur de l’interlocuteur, soupir de l’assistance. Depuis la Révolution, on n’entend que lui. On peut parler avec n’importe qui, dans la rue, à l’hôtel, au café, on est sûr de le croiser au moins une fois. Au début, ça fait peur. La Tunisie est elle donc à feu et à sang ? Des gangs armés ont-ils pris le pouvoir ? On comprend ensuite qu’il ne faut pas se faire abuser par les cousinages linguistiques. Un brakaj’, cela peut être, comme en français, une attaque de banque à main armée – mais cela n’arrive que de façon rarissime. Cela peut être plutôt un vol de téléphone portable ou une tentative d’effraction pour piquer un autoradio dans une voiture, bref, le genre de choses auxquels un européen ne prête même plus attention.

Seulement ces choses, si banales de notre côté de la méditerranée, sont nouvelles là -bas. Du temps de Ben Ali, le vol, comme on le sait maintenant, était pratiqué à très grande échelle, mais il fonctionnait, si l’on ose écrire, sous le régime d’un monopole d’Etat, entièrement géré par la famille du tyran. Et l’insécurité et la violence étaient terribles, barbares, sanglantes, mais elles étaient quasi-uniquement circonscrites à l’intérieur des commissariats ou, pire encore, aux locaux du sinistre ministère de l’Intérieur du bout de l’avenue Bourguiba, à Tunis, devant lequel on ne passait qu’en tremblant. Dans les rues, vu le nombre de flics qui y patrouillaient en permanence, le point est sûr, l’ordre régnait.

N’y règne-t-il plus ? Ça a été la grande peur des semaines qui ont suivi la révolution. Etait-elle réelle ou fantasmée ? C’est difficile à dire, tant on a du mal à faire le tri, dans ce pays où la presse peine à se relever, entre les rumeurs et les informations. A la mi janvier, on a parlé de prisons ouvertes par les membres de l’ancien régime, pour que les droits communs qui s’y trouvaient sèment le chaos dans le pays. On a parlé aussi de la difficulté des policiers, tellement compromis par leur soutien à la dictature, à se faire respecter. Il y a eu ici et là des attaques de commissariats, des voitures volées, des téléphones portables dérobés. Mais, rassurons de façon absolue ceux qui voudraient se rendre dans ce beau pays, rien de catastrophique, loin de là. Tunis n’a jamais été Rio et ne risque pas de le devenir. Il est clair, en outre, que les choses se résorbent et que, peu à peu, tout rentre dans l’ordre.

François Reynaert – Nouvelobs.com

 

Vos recherches :

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11 Comments

  1. On me propose un voyage professionnel en Tunisie en juillet et j’hésite, merci pour ces infos. J’attends la partie 2 !

    • Bonjour Sylcyr,

      Sauf voyage professionnel très spécifique vraiment juste à la frontière libyenne (ni Zarzis, ni Djerba ne sont à la frontière libyenne), n’hésitez pas ! Allez-y, vous ne regretterez pas.

      La partie 2 paraitra vendredi. Mais Georges, dans le commentaire ci-dessous, vous donne déjà des renseignements intéressants à ce sujet.

      N’hésitez surtout pas à poser toutes vos questions / craintes via les commentaires ou directement sur la page de contact.

  2. Je crois connaître quelque peu le Tunisie.

    Du nord au sud et de l’est à l’ouest j’ai visité chacun des gouvernorats. A la recherche des meilleurs spots naturalistes et ornithologiques je ne dois pas être loin des 10 000 kilomètres ces dernières années et le plus souvent à la campagne même si j’aime beaucoup Tunis.

    J’ai donc connu la Tunisie d’avant décembre 2010 et celle d’après 14 janvier 2011. J’y allée en mi février, j’y étais encore il y a 3 jours, Tataouine, Mahrès, Chaâl, et je vais y retourner dans 3 semaines.

    Je voyage en voiture de location, j’évite les établissements à touristes. Je recherche le contact avec la population. Cette semaine j’étais encore chez des amis au bled, l’accueil n’a rien perdu en qualité, bien au contraire.

    Aucune difficulté à voyager et il n’y a guère de différence en matière de sécurité. Bien sûr beaucoup moins de policiers et de gardes nationaux aux ronds-points, pour autant je ne me suis senti en insécurité.

    C’était déjà le cas avant puisque zone interdite, actuellement éviter le secteur au sud de Remada proche de la frontière libyenne, en effet l’armée kadafiste a fait ces derniers jours une incursion en territoire tunisien afin de poursuivre et bombardé des réfugiés.

    A Tataouine et ses environs de nombreux réfugiés libyens louent des maisons, c’est plus de leur style de conduite automobile (ils ont des plaques blanches) dont il convient de se méfier. Mais c’était déjà le cas avant, ceux qui ont circulé sur la P1 en savent quelque chose. J’ai entendu parler d’axes de circulations barrés par des manifestants, mais il y toujours moyens de contourner l’obstacle si besoin !

    Pas contre la désaffection touristiques laisse au chômage (non rémunéré) de nombreux tunisiens et tunisiennes.

    Revenez donc ! Le pays est toujours aussi beau et la population globalement toujours aussi accueillante. C’est aussi une façon de soutenir le peuple tunisien !!!

    • Merci, Georges, pour ce témoignage très complet et tout à fait conforme à la situation actuelle en Tunisie.

      Comme Loulouat dans le commentaire ci-dessous, je suis très intéressée pour découvrir et faire découvrir via le blog tout ce qui se rapporte au domaine ornithologique tunisien…

  3. Bonjour,

    Georges, votre expérience m’intéresse ! Je suis française également, installée depuis peu en Tunisie avec mes enfants. J’ai le projet de créer un Club Nature CPN centré sur la découverte/connaissance du patrimoine ornithologique tunisien.
    Grands débutants dans ce domaine, j’aimerais sensibiliser les jeunes aux problématiques environnementales à travers des activités d’observation, de dessin, etc.
    Nous sommes à Sfax mais nous nous rendons hebdomadairement dans son arrière-pays rural : Chaâl, Bir Ali, Ghraiba, etc.
    Quels lieux précisément pourriez-vous conseiller pour l’observation ? (nous sommes des newbe dans le domaine et les enfants sont âgés de 6 à 10 ans)
    Avez-vous un site ou blog où vous partagez vos pérégrinations ?

    Merci par avance et désolée Christine, généreuse hôte de ce blog, pour le HS 🙂

    • Bonsoir Loulouat,

      Merci pour ce HS qui me permet de découvrir votre projet !
      Une excellente idée d’ailleurs ! Pourrez-vous nous tenir au courant de la création de ce projet ?

      Le nouveau magazine électronique http://www.ecolomagtunisie.com sera très certainement également intéressé par votre projet, et l’équipe pourra peut-être vous apporter d’autres renseignements utiles.

      A suivre donc…

      • Bonjour Christine,

        Merci à vous pour votre accueil !

        Pour résumer la chose rapidement : ce projet de Club Nature est le pendant environnemental d’un projet éducatif plus large à destination des enfants en zone rurale et notamment des orphelins de la Wilaya de Sfax.

        Le Club Nature sera constitué d’une dizaine de membres de 4 à 10 ans mais nous projetons également d’intervenir dans des écoles primaires de la région (Bir Ali, Tolleb et Gendoul pour commencer) en direction d’un public d’enfants du même âge.

        L’idée générale est d’emmener le groupe de 10 « hors les murs », pour une éducation « buissonière » 🙂 dans les oliveraies, dans les palmeraies, sur les pistes ou au bord de la mer pour qu’ils entrent en contact plein et réel avec la nature, celles qu’ils voient au quotidien, afin qu’ils prennent conscience de la beauté et de la richesse de la nature qui les entoure.

        Quelques exemples de ce que nous envisageons de faire à 10 pour commencer :

        -Création d’un herbier : passer des après-midis entiers dans les herbes vertes et les fleurs de la campagne sfaxienne de février pour sentir, reconnaître, cueillir et exploiter (par la création de l’herbier) la richesse floristique de leur région.

        -Découvrir la mer/comprendre un métier : les émerveiller par la beauté de la mer et les sensibiliser à l’importance de sa préservation et du traitement des déchets en allant à la rencontre des pêcheurs qui vivent à 25 km de chez eux et qu’ils n’ont parfois jamais vu (ni la mer, ni les pêcheurs !!!).

        -Se familiariser avec les espèces locales d’oiseaux : choisir un lieu « stratégique » d’observation d’oiseaux, les observer, les photographier, les croquer, etc..

        Le projet est couché sur papier mais j’essaie de le fignoler avant de créer officiellement ce Club en l’affiliant, peut-être, à la fédération des clubs « Connaître et Protéger la Nature » car j’apprécie beaucoup leur organisation générale : pour une petite cotisation, ils me fourniront des cartes de membre pour chaque enfant, des idées d’activités, l’accès au forum en ligne international des clubs CPN, etc.

        J’étudie encore un peu la chose afin de voir ce qui peut nous convenir au mieux.

        • Bonjour Loulouat,

          C’est un très beau projet, formidable pour ces enfants.
          Tenez-nous au courant dès que le premier pas est posé !

          Maintenant, avec la Tunisie nouvelle, il est plus aisé de monter ce type de projet.
          Je vois que les jeunes Tunisiens fourmillent de ces belles idées et déjà, de nombreux projets se mettent en place.

          Bonne chance !

          Christine

  4. bonsoir à tous il y a vraiment pas de risque je suis allé avec mes enfants c’était géniale 😆

  5. Bonjour Loulouat,
    Je vous ecris au nom de l'Association "Les Amis des Oiseaux" (AAO). Nous sommes une ONG tunisiennes qui a pour mission l'étude et la protection de l'avifaune tunisienne et de ses habitats. L'AAO a été créée en 1975 et nous sommes représentée dans certains régions par nos sections régionales, notamment au Cap Bon, à Kairouan, à Sfax, à Gabès et à Gafsa.
    Nous espérons que votre projet prend forme et nous serions très curieux de savoir où vous en êtes maintenant.
    Pour toute question concernant l'avifaune et l'ornithologie tunisienne n'hésitez pas à nous contacter aao@topnet.tn ou à travers notre site web http://www.aao.org.tn.
    Bien cordialement,
    Claudia

  6. Bonjour Claudia,

    Merci pour ces infos très intéressantes. Je ne connaissais pas votre association. Avez-vous un calendrier de sorties pour les prochains mois ?

    J'informe de suite Loulouat de votre message, car je ne suis pas sûre qu'elle suive encore ce fil de commentaires.

    Bien cordialement,

    Christine

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